Patrimoine archéologique

Villa Gallo-romaine

Villa Gallo-romaine

Villa gallo-romaine

 

866 villa photo aerienne

Vue aérienne de la Villa gallo-romaine de Montmaurin
(Crédit photo : Survol de France, Jean-Jacques Herren)

Au premier siècle de notre ère un riche romain implanta sur les terres fertiles de la vallée de la Save, une villa composée de son habitation entourée d’une vingtaine de bâtiments agricoles, l’ensemble sur 18 hectares étant clos d’un côté par la rivière et sur les trois autres par un mur. La surface cultivée du domaine devait s’étendre sur plusieurs centaines d’hectares où travaillaient des esclaves et des colons (métayers).

Les traces de l’édifice antique interpellent depuis des siècles habitants et voyageurs dans la vallée de la Save.
Le plan cadastral de Montmaurin daté de 1833 est le premier document mentionnant l’existence d’un « édifice ruiné » au lieu-dit Lassalles.
Entre 1865 et 1900, historiens et archéologues commingeois reconnaissent le caractère gallo-romain de ces vestiges.
Il faudra attendre 1946 pour que commencent les fouilles méthodiques du site sous la conduite de Georges FOUET. Nommé attaché de recherches au CNRS en 1954, il s’attachera pendant quinze ans au dégagement et à l’étude du grand établissement central ainsi que des bâtiments alentour.
Parallèlement, M. STYM-POPPER, architecte en chef des Monuments historiques et M. MONTORIOL, architecte des Bâtiments de France, dirigeront la restauration des ruines de ce qui représente à l’heure actuelle une des plus grandes villas gallo-romaines s’offrant à la visite.

La Villa est un des témoins de la prospérité que connut le Sud-Ouest de la Gaule pendant les décennies de paix aux Ier et IIème siècle ainsi qu’au IVème siècle sous les règnes de Constantin (306-337) et de ses fils.

Après plusieurs campagnes de travaux jusqu’en 350, la villa connut une nouvelle organisation qui apportera une très belle unité architecturale comparable à celle des plus remarquables maisons de l’Antiquité classique. Derrière une façade de 117 m et sur une profondeur de 126 m, la villa offre une somptueuse perspective au visiteur. Les cours bordés de colonnades de marbre blanc et gris de St béat précédent de vastes espaces intérieurs décorés de marbre et de mosaïques.

A partir de 360-375, plusieurs incendies dégraderont la villa avant qu’elle ne soit définitivement abandonnée à la fin du IV ème ou au début du Vème siècle.

Les aspects remarquables de l’architecture de la Villa de Montmaurin

Ce site n’a jamais été réoccupé depuis les premières décennies du Ve siècle et vous permet de retrouver le cadre de vie luxueux que l’aristocratie de l’époque affichait dès l’entrée de la résidence dans le grand vestibulum en hémicycle et le tablinum richement décorés.
De nombreux objets témoignant de la vie quotidienne ont été retrouvés du nord au sud de l’édifice.
L’aile thermale offre aux visiteurs  une abondance de décors en marbre qui incite à la rêverie et au dépaysement.
C’est par le couloir à l’angle ouest du péristyle que l’on accédait à l’aile thermale, comprenant, selon Georges FOUET, un nymphée et des thermes proprement dits, alimentés par les eaux de la Save.

Le nymphée – piscine d’été des thermes

Cet espace comportait au centre une courette et une piscine – natatio -, les deux revêtues de plaques de marbre, ainsi qu’un petit jardin en abside ou fut retrouvée une statuette représentant la mort d’Adonis.

Cet aménagement conduisit G. FOUET à interpréter cet endroit comme étant un nymphée.
Des fontaines monumentales édifiées dans les riches villas ou dans des espaces publics évoquaient les sources ou les grottes originelles, refuges des nymphes, lieux de culte où se célébrait des rites agraires dont notamment la venue du printemps. L’ensemble était entouré d’un péristyle aux fines colonnes surmontées de chapiteaux toscans. Dans les derniers temps de la villa, la piscine et la courette dépouillées de leur revêtement de marbre se verront transformées en jardin par un apport de terreau. Une petite salle de repos de forme absidiale ayant conservé ses décors de marbre, nous permet de nous replonger dans l’intimité des lieux.

Les thermes

Les Romains, ayant consacré la matinée à la gestion de leurs affaires, passaient une grande partie de l’après-midi dans les thermes. Lieux d’hygiène et de détente, mais aussi de rencontre et de culture, les thermes publics des cités étaient un élément essentiel de la vie sociale et ils verront leur nombre et leur taille grandir tout au long de l’Empire.
Les riches propriétaires terriens se devaient d’en posséder dans leur résidence à la campagne.
Les thermes de la villa, par leur agencement et leur décor, n’avaient rien à envier aux établissements de bains des villes: la grande pièce, probable vestiaire -apodyterium-  ou salle de gymnastique, permettait d’accéder aux salles froides –frigidarium- avec bassin quadrangulaire ou semi-circulaire – suivaient en enfilade la salle tiède -tepidarium-, puis la salle chaude –caldarium- avec son bain chaud, placé au plus près du foyer de l’hypocauste. Chacun pouvait y suivre quotidiennement le parcours rituel – s’échauffer au tiède, se laver au chaud et se baigner au froid- ou bien se détendre selon sa fantaisie, le tout dans un très beau décor de marbre de Saint-Béat. L’étroit espace avec sa plaque de marbre percée pour l’évacuation des eaux serait d’après les dernières hypothèses une douche et non plus des latrines, ces dernières restent donc à découvrir à proximité de ce bloc thermal.
Le vestibule conduisait vers le jardin extérieur agrémenté d’une fontaine et d’une pergola soutenue par quatre poteaux, d’où l’on pouvait peut-être contempler les sportifs s’exerçant sur la palestre.

 

nymphee01(1)

DSC_7672 A c postale villa(1)

 
Vidéo 3D de la Villa gallo-romaine

 

Site de la Hillère

La première observation archéologique remonte à 1865. Puis l’abbé Couret, curé de Montmaurin, entreprit vers 1880 une première recherche où il recensait  les vestiges archéologiques, les traditions de pèlerinage et l’histoire de la chapelle Notre-Dame de la Hillère qui s’élève au milieu du site sur un côté du cimetière paroissial. L’édifice actuel à chevet plat date du XVIIe siècle et fut restauré au XIXe. Une reconnaissance très positive eut lieu beaucoup plus tard en 1951 et c’est durant la période 1963-1969 qu’eurent lieu des fouilles de grande ampleur sous la direction de Georges Fouet.

A l’emplacement d’une très ancienne station néolithique dont il a retrouvé les traces, l’archéologue a dégagé un ensemble de deux bâtiments du IVe siècle séparé par un bassin hexagonal répartiteur d’eau sur la rive gauche de la Save à l’entrée de gorges aussi spectaculaires qu’inattendues. Le premier, daté du début de cette période, offre un bel espace chauffé par le sol (hypocauste)-K-[1], plusieurs autres pièces à abside-AB, H -, une aile thermale qui disparaît sous l’église et le cimetière, ainsi qu’une grande salle au sol orné d’une magnifique mosaïque polychrome à motifs géométriques-M- . Elle a été placée à l’intérieur de la chapelle pour en assurer la conservation. La principale caractéristique de ce premier état est une galerie couverte, une sorte de  portique encadrant une  puissante résurgence. D’orientation différente et légèrement plus au nord, l’autre construction de la deuxième moitié du IVe siècle est nettement plus austère et son organisation reste complexe. En sur interprétant un peu les objets découverts et en se basant surtout sur l’existence d’un pèlerinage multiséculaire vers la source aux vertus curatives  (sa fréquentation  cessera seulement dans la deuxième moitié du XIXe siècle), Georges Fouet envisageait les deux bâtiments comme un sanctuaire guérisseur accompagné d’une auberge pour les pèlerins. Vu la similitude des constructions et la proximité, il imaginait même un projet conçu et réalisé par le maître du domaine de Lassalles installé très confortablement 1,5km en amont sur la même rive. L’analyse qui prévaut aujourd’hui est celle d’une deuxième villa avec sa demeure aristocratique et ses bâtiments d’exploitation agricole, dans l’attente d’une toujours possible troisième interprétation à venir… !

Mais le grand intérêt du site dans son écrin animiste fait de végétation dense et d’eau bouillonnante, est celui de poser le problème de la continuité de l’occupation païenne, puis chrétienne. Il y a toujours un habitat au début du VIe siècle, mal caractérisé, mais pas de sépultures. Sans trop d’arguments irréfutables, mais après avoir objectivement enregistré tous les éléments du raisonnement dans ses archives  (la preuve d’un véritable esprit scientifique), Georges Fouet a émis l’hypothèse que la petite pièce à abside qu’il nomme AB sur son plan, fut en réalité un « micro » temple tardif christianisé. En revanche, les sépultures médiévales sont nombreuses. Elles encadrent les fondations d’une chapelle au plan légèrement trapézoïdal qui oblitèrent la salle sur hypocauste K et la pièce triconque H. A peine visible aujourd’hui, elles sont situées à 18 m au nord de Notre-Dame de La Hillère et elles déterminent une surface sensiblement identique. Cette chapelle est mentionnée en 1387 sur les chroniques médiévales comme appartenant aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Le site archéologique de la Hillère, qui attend impatiemment  une restauration rapide, reste une immense réserve archéologique.

[1] La désignation des pièces renvoie au plan des vestiges dégagés par l’équipe de Gorges Fouet, relevé par l’archéologue Michel Vidal en 1967 et 1968.